mercredi 25 mars 2020

Mercredi 25 mars. Neuvième jour.

La promenade autorisée cet après-midi. Le bruit des oiseaux est assourdissant. 
Putain, ça penche.

On va finir obèse et alcoolique en regardant des séries sur Netflix.
Et sourd aussi parce qu’on écoute la musique trop fort dans les hear phone et que comme me l’a dit Max, un copain de mon fils, ça procure moins de plaisir.

On va finir comment ?  Plus généreux et altruiste ou encore plus con comme ceux qui caillassent les véhicules du personnel soignant ou les empêchent d’emménager dans des studios plus proches de leur lieu de travail. Il faudrait expliquer à ces gens que le lieu de travail des soignants pourraient se retrouver leur lieu d’hébergement si ça tournait mal pour eux.
Ce sont les infos que je lisais ce matin et je me suis demandée si nos voisins n’avaient pas peur de nous croiser et même de nous parler, ils savent où nous avons passé les trois derniers mois et ils nous fuient. J’ai eu cette pensée terrible et je veux croire que je me trompe. La distanciation sociale est une chose, la fuite en est une autre.
Putain, ça penche sérieusement du côté des cons.

Quand on est revenu de voyage, oui on était en Asie, nous avons retrouvé notre boitier de branchement téléphone un peu pendouillant le long de la façade de notre maison. Le problème qu’on aime déjà pas avoir en temps normal et qui en temps de confinement avait une allure de catastrophe annoncée.
Orange nous a promis de venir réparer mais pas avant le 3 avril. Alors on surveille ce putain de branchement qui se balade entre deux fenêtres. Un voisin nous a dit qu’il avait une échelle et que si on voulait, il pouvait nous la prêter pour qu’on consolide les branchements en attendant l’intervention d’Orange. On surveille tous les jours, à la fois le boitier et la météo. De la pluie est annoncée pour le week end, alors on a demandé au voisin de poser  son échelle devant notre porte. Et on a posé l’échelle contre le mur  pour constater que ce serait très juste pour atteindre le boitier et surtout trop court pour se sentir à l’aise une fois les mains à hauteur des câbles.
On a reposé l’échelle et on a déjeuné.
J’avais fait des pâtes à la carbonara. C’était bon car tout est bon quand on a bouffé en Asie pendant trois mois. C’est l’avantage que nous avons sur vous, nous trouvons tout délicieux puisque notre dernier comparatif ce sont des Pad Thai ou des mixed noodles. Pas difficile de faire meilleur et je me retrouve chef trois étoiles sans faire d’effort.
Donc on a mangé nos pâtes cabonara en réfléchissant comment sécuriser notre boitier en prévision de la pluie prévue sans prendre trop de risque  pour celui qui serait au sommet de l’échelle. Pas gros suspens pour savoir lequel de nous deux allait monter, j’ai bien trop le vertige pour l’envisager. C’est donc Jno qui a pris de l’altitude. J’avais peur pour lui mais je me suis rassurée en me disant qu’il y a moins de trois semaines, il était monté dans un arbre pour affronter un singe et récupérer mon teeshirt accroché au sommet des branches et que ça s’était bien terminé pour lui et pour le teeshirt et qu’aujourd’hui, il n’y avait pas de raison que ça se passe plus mal,  car on avait quand-même un singe en moins à gérer.
On a fait une équipe « La tête et les jambes » et j’étais la tête. L’idée de se servir de fil de fer ou de fil électrique n’était plus possible vu que Jno n’avait pas ses deux mains disponibles alors dans mon rôle de « la tête », J’ai eu l’idée qu’on utilise du gros scotch toilé et hyper adhésif et d’en bas, je passais à Jno des morceaux d’adhésif qu’il amenait doucement en direction du boitier redressé et ainsi amarré à la descente de gouttière du toit de la voisine. On lui expliquera plus tard à la voisine.
Je sais que maintenant ça tient et comme je suis Amélie Piaser-Moyen, j’y crois très fort et ça va marcher, ça va tenir jusqu’au 3 avril.

Ca tient à rien, au fond tout va bien.
Dis le moi, dis le moi encore, ça va.

Et puis on a osé sortir se promener.
On a chacun rempli notre attestation dérogatoire, la nouvelle, celle où il faut noter ses horaires mais dans laquelle il est bien précisé que l’on a le droit de sortir à deux si on est déjà regroupé. On est tombé d’accord pour déclarer aux éventuels contrôleurs qu’on était bien regroupé sous le même toit et on a marché dans le périmètre d’un kilomètre sans dépasser le temps imparti d’une heure.
Il n’y avait pas de silence, il y avait le bruit des oiseaux  partout dans les arbres et ce bruit inhabituel était presque dérangeant. La Garonne m’a semblé plus transparente et l’herbe plus verte. C’était vide et irréel. Je ne sais pas si j’ai aimé, je n’ai pas voulu me poser la question. Je sais qu’il faudra y retourner marcher pour ne pas finir obèse ou alcoolique et j’ai peur de voir la nature se transformer trop vite et de rencontrer un sanglier.
Ce serait con de mourir à cause d’un sanglier … Après tous les efforts qu’on fait !
Peut-être que je vais choisir obèse et alcoolique devant Netflix.

Putain, ça penche.
Mais c’est pas pire qu’hier.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.

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