| Cet après-midi. La promenade. |
Putain, ça penche.
Putain, ça pue la crotte de chiens sur les bords de Garonne.
Pas de conclusion hâtive car je n’ai fait aucune étude sérieuse sur un échantillon de chiens, je constate simplement que ça sent terriblement mauvais et j’en conclue pour l’instant que ça sent terriblement mauvais.
Pas de conclusion hâtive car je n’ai fait aucune étude sérieuse sur un échantillon de chiens, je constate simplement que ça sent terriblement mauvais et j’en conclue pour l’instant que ça sent terriblement mauvais.
Rien de plus.
Quand même, il me semble que c’est de l’odeur de crotte de chien, mais comme je n’ai aucune idée de l’odeur de la crotte de sanglier et que l’idée de croiser un sanglier est toujours présente et me fait peur, je reste sur l’hypothèse des chiens, de ces nombreux chiens qui se font promener sur les bords de Garonne et qui lâchent leurs crottes sur mon terrain de balade quotidienne.
Quand même, il me semble que c’est de l’odeur de crotte de chien, mais comme je n’ai aucune idée de l’odeur de la crotte de sanglier et que l’idée de croiser un sanglier est toujours présente et me fait peur, je reste sur l’hypothèse des chiens, de ces nombreux chiens qui se font promener sur les bords de Garonne et qui lâchent leurs crottes sur mon terrain de balade quotidienne.
Ça pue.
Hier soir, Gwen m’a dit, le coronavirus, ça rend con. Et puis il y a eu un silence. Non il n’y a pas eu de silence car il ne me parlait pas, il m’écrivait un message mais ça a fait un silence tout de même car quand Gwen dit un truc, après il se tait longtemps. C’est toujours comme ça et même dans Messenger j’entends qu’il fait un silence.
Oui ça rend idiot, ça rend fou, ça rend méfiant, ça rend soumis comme dans toutes les catastrophes humaines.
Après le Tsunami, les premiers qui sont arrivés pour aider les populations, ce sont les sectes. Nous les avions vu faire en 2005 à Sri Lanka après le tsunami du 26 décembre 2004. Ils ont débarqué comme des humanitaires, ils ont aidé et sans doute efficacement parfois mais après que la première urgence soit passée, ils ont demandé de rendre des comptes sous forme d’adhésions à leurs églises. Cela s’est passé d’une manière gentille et amicale pour commencer. Il ne s’agissait que de se rendre à des réunions mais ensuite pour ceux qui ont refusé de se convertir, ils ont fait les comptes et il a fallu rembourser l’aide. La détresse est facilement exploitable, c’est du pain béni, si je peux dire, pour tous les salopards.
Quand ça penche, faut pas faire pencher plus.
Pour s’emmener ailleurs on a choisi les séries sur Netflix, à raison de huit épisodes par saison et de deux épisodes par soir, ça nous fait quatre soirées assurées pour chaque série. Quand c’est bien, on pousserait volontiers le curseur à trois épisodes par soir mais c’est comme la bouffe dans le frigo, on économise et puis si on fait trois à la fois, ça ne va pas tomber juste pour diviser huit par trois, on risque de ressentir un manque le troisième soir en se retrouvant avec deux épisodes seulement, donc on a décidé deux par soir.
Et il m’arrive quelque chose de totalement inédit depuis déjà quatre épisodes, je sursaute quand je vois des gens se rapprocher, j’ai envie de les écarter. Quand je les vois sortir de chez eux je pense, mais ils ne peuvent pas sortir comme ça, c’est dangereux !
J’ai déjà eu des mouvements de mon buste vers l’écran pour leur dire, ne faites pas ça !
J’ai déjà eu des mouvements de mon buste vers l’écran pour leur dire, ne faites pas ça !
Je me demande si ça va continuer, empirer ou si je vais m’habituer à regarder la vie d’avant sans sentir les autres en danger permanent.
Ça penche dans la téloche.
Il n’y aura pas de coiffeurs pour longtemps et cela fait déjà longtemps pour moi que je n’ai plus de coiffeur et c’est le soir que je vis un moment particulier depuis que j’ai les cheveux longs, précisément quand j’enlève la pince ou les épingles qui les retiennent. C’est un moment émouvant où je pense à ma grand-mère née avant le siècle. C’est ce qu’elle disait mais je me rends compte qu’on ne peut plus dire comme ça, il faudrait dire qu’elle est née avant le siècle d’avant. Ma grand-mère avait de longs cheveux gris, je crois qu’ils n’étaient pas totalement blanc, et la journée, elle les portait en chignon et ne sortait jamais sans un chapeau ou une voilette. Elle me disait qu’on ne sortait pas « en cheveux », c’était l’expression. Quand je passais plusieurs jours chez mes grand-parents, je la voyais le soir qui défaisait son chignon et tressait ses longs cheveux dans son dos.
Elle était transformée.
Elle avait l’air jeune.
Elle avait l’air jeune.
Aujourd’hui, j’attends le jour où mes cheveux vont être assez long pour me permettre de réaliser une longue tresse blanche dans mon dos.
Pas pour avoir l’air jeune, simplement pour être presque comme elle et me souvenir.
Tout penche, tout pue, mais pas tant que ça, on s’habitue, c’est tout.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.