| Aujourd'hui 13h51. Le Français ont découvert le savon. |
Putain, ça penche.
Y’a des mots bleus, des marionnettes, une senorita, une petite fille du soleil et celle qu’il a pas touchée. C’est celle-là qui est ma préférée car derrière un titre puritain et désuet se cache un texte et un ton d’un érotisme torride.
Y’a des mots bleus, des marionnettes, une senorita, une petite fille du soleil et celle qu’il a pas touchée. C’est celle-là qui est ma préférée car derrière un titre puritain et désuet se cache un texte et un ton d’un érotisme torride.
J’ai récité d’un coup :
Confiné
Couffin
Coffin
Coffin
J’ai demandé à Jno si ça ne lui faisait pas quelque chose, il m’a dit, tu sais bien qu’en anglais, je vais moins vite que toi.
Je lui ai expliqué.
Oui mais, il n’y a qu’un mot en anglais, le dernier.
Oui mais, c’est l’horrible mot.
Oui mais, c’est l’horrible mot.
Chaque fois qu’on me dit, confiné, je récite la suite dans ma tête, couffin, coffin. Je ne peux plus m’en empêcher. J’ai regardé l’étymologie de confiné et ce n’est pas la même que celle de couffin.
Pour couffin, c’est corbeille et pour coffin aussi.
Pour confiner, c’est moins clair, limite de penser que le mot est moderne et inventé.
Pour confiner, c’est moins clair, limite de penser que le mot est moderne et inventé.
Ce n’est pas depuis le confinement que je récite couffin, coffin, c’est depuis fin novembre, c’est depuis la mort d’Étienne.
Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la boutique des cercueils pour choisir, j’ai repensé à ce jour de janvier 1985 où nous étions dans Colombo, précisément le quartier de Pettah.
Nous y étions avec Lyseth car elle n’avait pas apporté de couffin pour Étienne et on espérait en trouver un sur le marché auprès des marchands d’osier, on trainait de marchands en marchands et il fallait expliquer ce qu’on désirait. Couffin, ce n’est pas un mot que je connais en anglais et en plus, à Sri Lanka, ce n’était pas du tout un objet utilisé pour les bébés. Il fallait expliquer qu’on cherchait un panier, un basket for a new born.
J’avais dit à Lyseth, il ne faut surtout pas dire coffin, un coffin en anglais, c’est un cercueil. Il faudra expliquer et peut être se contenter d’un grand panier si on ne trouve pas le couffin. On avait fini par trouver, un couffin un peu raplapla, mais ça avait fait l’affaire.
En novembre, à Espallion, trente-cinq ans plus tard, c’était pour un coffin.
Toujours pour Étienne.
J’étais là et je récitais couffin, coffin comme une abrutie.
Cette fois-ci, c’était le bon mot, on ne pouvait pas se tromper.
C’était épouvantable.
Ces dernières semaines, ça me revient en boucle quand j’entends, confiné.
Confiné
Couffin
Coffin
Coffin
Je suis allée faire les courses, la corvée hebdomadaire.
Je laisse mon vieux sur le parking et je plonge dans l’enfer.
Je laisse mon vieux sur le parking et je plonge dans l’enfer.
Aujourd’hui c’était particulièrement réussi, les rayons étaient vides, plus de PQ, plus de pain grillé (par contre y’avait de la farine, l’engouement pour le pain maison a dû faire long feu), plus de savon, plus de thé en vrac.
L’ambianceur Inter Marché s’était surpassé, entre deux annonces pour le Covid, énoncées d’une voix caverneuse, il y avait les infos où ils annonçaient la mort de Christophe et ensuite, et bien, c’était Les marionnettes ou Les mots bleus.
L’ambianceur Inter Marché s’était surpassé, entre deux annonces pour le Covid, énoncées d’une voix caverneuse, il y avait les infos où ils annonçaient la mort de Christophe et ensuite, et bien, c’était Les marionnettes ou Les mots bleus.
C’était horrible.
Comme on dit dans ma famille, pas un pour rattraper l’autre et ça penchait très très beaucoup pour moi.
Dans ma tête toujours encombrée par mon mantra ou ma sourate (au choix) « confiné, couffin, coffin », j’ai dit , rentrer maison.
J’ai retrouvé mon vieux sur le parking, on est rentré à la maison.
J’ai rangé les courses.
J’ai rangé le mantra qui tournait dans ma tête.
J’ai rangé les courses.
J’ai rangé le mantra qui tournait dans ma tête.
J’ai envoyé la musique dans mes oreilles.
Par exemple être ailleurs
Avoir envie d'être ailleurs
Rien faire
Avoir envie de rien faire
Prendre des rues
Marcher dans des avenues
Avoir envie d'être ailleurs
Rien faire
Avoir envie de rien faire
Prendre des rues
Marcher dans des avenues
Croiser des gens
Avoir des soucis d'argent
Sentir son coeur vide éperdument
Comme s'il ne pouvait plus sentir les sentiments
Comme s'il ne pouvait plus sentir les sentiments
Putain, ça penche
Ça penche trop.
On voit le vide à travers les planches.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.