| Le pont sur la Garonne. Verdun sur Garonne aujourd'hui 14h09 |
Putain, ça penche.
Le confinement révèle ce que nous sommes et ça me fait pencher.
C’est panique ou conspiration.
Hier Géraldine m’a dit, ça peut même être les deux à la fois. J’ai dit oui en réalisant que l’un allait souvent avec l’autre. Sans doute que les thèses conspirationnistes calment la panique en désignant des coupables.
J’ai aussi eu une pensée pour tous ceux qui sont contre les vaccins et comme ils appartiennent fréquemment à la même catégorie que ceux de la théorie du complot, je me suis demandée quel sera leur comportement le jour où les chercheurs auront trouvé le vaccin.
J’ai commencé à rire et ça penchait moins.
Moins qu’hier et plus que demain.
La médaille d’amour pas distinguée m’a amenée aux boucles d’oreilles. Comme quoi, une période dure peut conduire à des réflexions inattendues sur des objets de futilité.
C’est le côté pas distingué, plus que le bijou, qui m’a fait cheminer.
Dans le milieu où je suis née, on ne se fait pas percer les oreilles, on porte des clips.
Dans le milieu où je suis née, on ne se fait pas percer les oreilles, on porte des clips.
Je ne sais absolument pas d’où peut venir ce principe ; oreilles percées tu as, tu appartiens au peuple, tu n’es pas distinguée.
J’ai traversé mon enfance en enviant les copines de l’école qui avaient les oreilles percées. L’adolescence a suivi avec le collège et le lycée qui ont empiré mon envie et dès que j’ai été majeure émancipée, j’ai fait percer mes oreilles. Pour bien les percer et calmer mes manques, j'ai fait percer chaque oreille quatre fois. C’était fait, à vingt ans j’étais définitivement calmée après m’être retrouvée avec des lobes en chou-fleur et frôlant la septicémie.
La vie m’a consolée lorsqu’au partage de l’héritage d’une grand tante sans enfant, on m’a donné une énorme et magnifique paire de boucles d’oreilles orientales en or en me disant, elles sont pour toi, de toutes les femmes de la famille, il n’y a que toi qui a les oreilles percées.
Je fais une photo par jour pour ce billet.
Ce sont des photos sans personne puisqu’il n’y a personne dehors lorsque je me promène durant l’heure autorisée et que si par un hasard extrêmement rare, je croise quelqu’un, il ne répond pas à mon bonjour et détourne la tête rapidement.
Ce sont donc des photos un peu vides comme le vide qu'on voit à travers les planches, sauf si comme hier, je décide de me prendre en photo et de me mettre en scène, la tête allongée dans l’herbe que j’ai collée ensuite dans un champ de boutons d’or.
C’était morbide et c’était l’idée de l’image.
J’en étais totalement consciente.
J’en étais totalement consciente.
J’ai choisi sur la dizaine de photos que Jno avait faites sous mes ordres autoritaires, la seule où j’ai un petit rictus.
Je trouvais ce petit rictus impertinent sur une image de gisante.
Une Ophélie comme l’a noté une amie, une Ophélie au fil de l’eau.
Une Ophélie au fil de la vie, au fil de la nature qui verdit, une Ophélie au fil de ses pensées qui penchent moins qu’hier mais plus que demain.
Une Ophélie au fil de la vie, au fil de la nature qui verdit, une Ophélie au fil de ses pensées qui penchent moins qu’hier mais plus que demain.
Une Ophélie au foulard stambouliote.
Quand nous sommes partis pour la promenade réglementaire et réglementée, j’ai eu peur d’avoir froid et je suis remontée chercher un foulard et j’ai pris le bleu sur l’étagère des foulards car je portais un pull du même bleu. Dans la rue, Jno m’a regardé et m’a dit, j’aime bien quand tu mets ton foulard turque et je lui ai répondu, sois précis, c'est mon foulard stambouliote, car j’adore ce mot impossible à placer dans une conversation et il faut sauter sur l’occasion dès qu’elle se présente. Et après on a parlé de nos séjours à Istanbul et des magasins de foulards en soie sur la rive asiatique du Bosphore, là où il y a un choix de folie pour s’offrir un foulard. Et on a dit et redit stambouliote en rigolant.
Aujourd’hui, c’est le jour du panier de légumes. Je me souviens très bien que lundi de la semaine d'avant, j’avais dit que j’attendais le panier simplement pour être à jeudi et que là maintenant, on en est au deuxième panier et que mathématiquement c’est la preuve que le temps passe depuis le lundi de mon souhait.
Redevenir simple et faire simple comme les enfants, compter en dodos.
Mais ce n’est pas simple comme des dodos d’enfant et ce sont des journées bricolées pour ne pas se laisser envahir par l’angoisse qui fait pencher.
J’ai lu que la distanciation sociale avait créé du lien social. Je ne le vois pas autour de moi, je ne vois pas ce qu’on appelle du « lien social », nous sommes toujours des êtres transparents dans la rue où nous habitons et ça me fait pencher du mauvais côté, celui d’où on ne reviendra pas, le côté qui ne voudra plus de sourires hypocrites.
Soldat sans joie va déguerpis
Putain, ça penche.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.