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| Attendre. |
Putain, ça penche.
Qu'est-ce que nous sommes fragiles… Un réveil dans la nuit avec la gorge sèche et qui pique un peu et me voilà embarquée dans un tourbillon d’angoisse.
Qu'est-ce que nous sommes fragiles… Un réveil dans la nuit avec la gorge sèche et qui pique un peu et me voilà embarquée dans un tourbillon d’angoisse.
Il ne se passe pas rien dans ce rien, il y passe nos angoisses qui maintenant ont toute la place pour se vautrer, s’étaler et nous dévorer.
Je doute parfois de ma force à les repousser, de ma force à être plus raisonnable que ces angoisses qui ont aussi fabriqué, modelé celle que je suis aujourd’hui. Sans elles, je ne peindrais pas, je ne ferais pas chier le monde à vouloir le refaire, je ne peindrais pas, je ne photographierais pas, je serais sans angoisse mais lisse et silencieuse.
Je doute parfois de ma force à les repousser, de ma force à être plus raisonnable que ces angoisses qui ont aussi fabriqué, modelé celle que je suis aujourd’hui. Sans elles, je ne peindrais pas, je ne ferais pas chier le monde à vouloir le refaire, je ne peindrais pas, je ne photographierais pas, je serais sans angoisse mais lisse et silencieuse.
Hier soir j’ai regardé La Grande Librairie et Sophie Nauleau qui était invitée à venir parler de son dernier livre, « Espère en ton courage ».
Tout allait bien et j’étais sous son charme, je voulais croire à tout ce qu’elle disait et me sentais encouragée par son ode au courage et son évocation du « If your Nerve, deny you, Go above your Nerve (Si ton courage te fait défaut, Vas au-delà de ton courage) de Emily Dickinson, jusqu’au moment où François Busnel parle de « La peste » de Camus comme d’une lecture du moment et qu’elle rétorque, oui mais peut-être pas en ce moment ou à moins de choisir l’endroit où l’on va le lire, moi je l’ai lu dans un lieu préservé et à l’abri de tout, à Luang Prabang. Et là, comment dire … Et bien déjà, Jno et moi, on a lâché un énorme éclat de rire sur le canapé et puis on s’est regardé consternés. Jno m’a dit, dommage, elle vient de perdre toute crédibilité. Oui c’était dommage de prendre Luang Prabang comme exemple de lieu privilégié, cela faisait même très ignare pour une intellectuelle qui semble ignorer que le Laos est une république communiste à parti unique, une sorte de petite Chine à la botte de la grande. À moins de séjourner dans les hôtels très chics et hors de prix de Luang Prabang et de n’en sortir qu’avec chauffeur pour aller visiter les lieux touristiques alentour, Luang Prabang n’a rien d’un lieu à l’abri de tout mais c’est vrai qu’il est préservé par le fric de l’Unesco. Elle a dû le voir ainsi Sophie Nauleau.
Je ne lui en rajouterai pas une couche en faisant remarquer qu’à l’heure du Coronavirus, ce serait aussi faire preuve d’un brin d’intelligence que de ne pas en parler comme d’un merveilleux lieu idéal pour la lecture de La Peste.
C’est dommage, comme l’a dit Jno, c’est vraiment dommage car non seulement cela lui a enlevé toute crédibilité mais pas qu’à elle, ça m’a foutu en l’air tout le reste de la soirée avec les autres invités, je n’arrivais pas à croire que François Busnel puisse continuer à dérouler son conducteur sans tressaillir. Alors après, je me suis foutue de tout, je n’écoutais pas, j’avais décidé que c’était nul à chier et ça m’a fait du bien, mon moral est remonté d’un coup, surtout au moment où Busnel a dit que La Grande Librairie s’arrêtait et allait redémarrer sur une autre forme, je me suis dit que c’était bien, ça m’éviterait de me poser la question de ne plus regarder cette émission.
Je ne lui en rajouterai pas une couche en faisant remarquer qu’à l’heure du Coronavirus, ce serait aussi faire preuve d’un brin d’intelligence que de ne pas en parler comme d’un merveilleux lieu idéal pour la lecture de La Peste.
C’est dommage, comme l’a dit Jno, c’est vraiment dommage car non seulement cela lui a enlevé toute crédibilité mais pas qu’à elle, ça m’a foutu en l’air tout le reste de la soirée avec les autres invités, je n’arrivais pas à croire que François Busnel puisse continuer à dérouler son conducteur sans tressaillir. Alors après, je me suis foutue de tout, je n’écoutais pas, j’avais décidé que c’était nul à chier et ça m’a fait du bien, mon moral est remonté d’un coup, surtout au moment où Busnel a dit que La Grande Librairie s’arrêtait et allait redémarrer sur une autre forme, je me suis dit que c’était bien, ça m’éviterait de me poser la question de ne plus regarder cette émission.
C’est quand-même plus simple de regarder The Voice, on sait que ça pisse pas loin et comme ça on n’est déçu de rien, on n’a pas investi et on en a pour sa soirée.
Et comme c’est pas La Grande Librairie qui va nous remplir le frigo ni nous ramener Claude Francois ou Johny, je me fous des deux, j’ai changé de sujet dans ma tête et je suis passée au problème de comment faire des courses sans sortir.
Le Drive m’avait semblé miraculeux mais l’expérience de lundi dernier n’a pas été concluante, on arrive devant la porte de livraison au créneau horaire convenu et l’employé vous récite la liste de tout ce qui n’est plus disponible, une sorte d’air du catalogue, mais à l’envers et il ne vous reste plus qu’à prendre un caddy et à rentrer dans le magasin pour trouver ce qui manque car l’employé vous a dit, c’est possible que dans le magasin, il y ait des pommes de terre et du lait. Là, il n’y a que moi qui rentre, Jno attend à l’extérieur car il a l’âge qu’ils ont dit à la télé pour ceux qui peuvent mourir.
En attendant le jour où il faudra y aller et de savoir comment on s’y prendra, j’économise mes petites provisions faites lundi.
Pour le PQ, je rigole car Jno me cite toujours en exemple de grande consommatrice, enfin, il a cessé de le faire car au bout de plusieurs années, il a compris que ça ne servait à rien, je consomme et il s’est fait une raison. Et bien depuis lundi, j’économise! La panne de PQ en ligne de mire m’a donné la main plus légère sur le déroulement du rouleau en attendant que les stocks reviennent.
L’exemple du PQ, c’est juste parce que c’est le plus rigolo, ça fait toujours rire, c’est dans le registre des valeurs sures.
J’économise aussi mes dents. Je fais gaffe de ne plus croquer de bonbon, de mastiquer sans forcer. Je me dis qu’il faut qu’elles durent et ne me lâchent pas.
Je descends l’escalier prudemment jusqu’à la dernière marche.
J’interdis à Jno tout usage du couteau à légumes, j’éplucherai seule jusqu’à la dernière pomme de terre. Pour le bricolage, je suis plus tranquille, il ne va pas s’y mettre aujourd’hui.
L’exemple du PQ, c’est juste parce que c’est le plus rigolo, ça fait toujours rire, c’est dans le registre des valeurs sures.
J’économise aussi mes dents. Je fais gaffe de ne plus croquer de bonbon, de mastiquer sans forcer. Je me dis qu’il faut qu’elles durent et ne me lâchent pas.
Je descends l’escalier prudemment jusqu’à la dernière marche.
J’interdis à Jno tout usage du couteau à légumes, j’éplucherai seule jusqu’à la dernière pomme de terre. Pour le bricolage, je suis plus tranquille, il ne va pas s’y mettre aujourd’hui.
Je tiens mon iPhone bien serré dans ma main et je réfléchis quand je le pose sur la table pour qu’il ne glisse pas.
Tous nos gestes sont différents, tout est réfléchi.
Tous nos gestes sont différents, tout est réfléchi.
Tous nos mots sont différents, nous économisons ceux qui sont inutiles, ceux qui peuvent blesser comme si demain n’allait pas exister et qu’il fallait s’aimer tout de suite pour de vrai.
Putain, ça penche …
Et comme on ne peut pas se tenir à la rampe, on va tous être champion de surf.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.
C’est une guerre solidaire.
