samedi 25 avril 2020

Samedi 25 avril. Quarantième jour.

Aujourd'hui. 13h50

Putain, ça penche
Je dois trouver du temps.
Je n’ai le temps de rien
On dirait que la vie se jette sur moi.

Hier je me suis inscrite sur la plateforme « Masques Solidaires » comme couturière volontaire pour réaliser gratuitement des masques.
Quand j’ai entendu que les masques allaient être mis en vente dans les bureaux de tabac, ça m’a fait une bouffée de rage.
La deuxième bouffée de rage froide est arrivée à la phrase suivante, le gouvernement n’envisage pas de plafonner le prix de vente des masques.
Autant dire qu’il y en a qui vont se faire des couilles en or.
C’est pile ce qui  me met dans un état de rébellion intense, comment peut-on profiter ainsi de la peur des gens.
Ça me dépasse.
Ça me rend tueuse.

Je me suis inscrite illico sur Masques Solidaires et j’ai immédiatement reçu des commandes. Des gens qui me demandent dix fois si c’est gratuit. Je ne demande rien, simplement qu’on me dise à qui sont destinés ces masques parce que je ne veux pas qu’ils alimentent un commerce de revente.
Depuis ce matin, j’appréhende de checker ma boite mail, j’ai peur qu’il y ait trop de demandes et d’être obligée de dire que je ne peux pas fournir.
Dans le mail que j’ai reçu de la part des organisateurs de cette opération, il est écrit, "comme vous pouvez l’imaginer, le nombre de demandes est plus important que celui des offres".
Et ils m’expliquent que pour souffler, je peux désactiver mon annonce sur la plateforme le temps d’éponger mes commandes.
Il va falloir que je fasse des choix  pour l’organisation de mes journées, ce que je garde, ce que je réduis, ce que je supprime. Je ne sais pas encore, je vais réfléchir.
Tout va aussi dépendre de mon stock d’élastique, vais-je tenir jusqu’à la réception de la commande des 800 yards, mon interlocuteur chinois était formel mais je sais bien que j’ai joué au poker et que j’attends simplement de rafler la mise, ou pas.

Je vais finir sourde
Je me saoule

Hou y a des jours avec
Et des jours sans moi
Ce jour-là j'étais un peu médecin sans frontières
Et j'filais mes Rolls Royce mon caviar à l'abbé Pierre
Les gens sur mon passage allumaient des bougies

Putain, ça penche
Je vois le vide à travers les planches.
Je vois qu’on est au quarantième jour, c’était bien une quarantaine.
Là, il n’y a pas eu de mensonge.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.

Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

Aujourd'hui. 15h46 Putain, ça penche C’est mon dernier billet. C’est le dernier, le cinquante-cinquième. Je savais que j’...