mardi 28 avril 2020

Mardi 28 avril. Quarante troisième jour.

Aujourd'hui. 13h33

Putain, ça penche
Les escrocs débarquent.

J’ai passé ma nuit, assaillie par la tronche du pharmacien interrogé par les journalistes de France 2 et qui répond sereinement à la question sur le prix des masques, Ben oui je vends le masque grand public, sept euros, c’est le prix que ça vaut, je suis allée regarder sur internet, y’en a qui le vendent encore plus cher alors je pense que sept euros, c’est le prix.
Il faudrait expliquer à ce monsieur qui est vraisemblablement un docteur, qu’Internet n’est pas une référence pour fixer un prix mais plutôt un repère d’escrocs et qu’il est lui-même un escroc.
Il va faire combien de marge sur les masques ? De combien il va s’engraisser sur le dos des Français angoissés ?
Je me suis endormie avec la haine.

Je me suis levée avec la rage et plein de masques à coudre.
Je suis allée deux fois chez la mercière acheter des fournitures, des épingles fines et ensuite j’ai dû retourner lui prendre du fil car celui que j’avais en stock est trop fin. Elle n’avait plus de fil blanc bien blanc et j’ai dû me contenter du blanc cassé, ça ira.
Petites confidences insipides de couturière.

Les gens sont marrants, après m’avoir raconté leurs pathologies lors de la prise de contact, j’ai maintenant droit à leurs réactions lorsque je les appelle pour qu’ils viennent chercher leur commande.
Et j’ai droit à tout.
Il y a celle qui m’a dit, Ah bon, oui vous ne les apportez pas, il faut venir les chercher.
On m’a aussi demandé tous les détails sur la fabrication du masque et si il avait bien les épaisseurs réglementaires, avant de se décider à  m’en commander.
Il y a celle qui me rappelle et me demande de lui confectionner ses masques avec une ouverture pour y glisser des filtres. Elle s’excuse, me dit qu’elle a peur.
On m’a dit en les récupérant, si ça va, on vous en reprendra.
Il y a eu celui qui voulait être gentil et m’a dit, tant mieux si vous avez beaucoup de commandes, ça marche bien !
Celle qui lorsque je lui ai dit que sa commande était prête, m’a répondu, ok, d’accord.
Celle qui m’a demandé, vous aimez la confiture ?
Il y a ceux, nombreux, qui cherchent leur porte-monnaie et provoquent un malaise chez moi. Je ne suis pas à l’aise avec l’argent, pour moi, cela ne compte pas et n’a jamais compté dans ma vie. Mais je vois bien que les commandes affluent que je dois racheter des fournitures, j’ai donc décidé pour ceux qui sortent leur porte-monnaie de leur proposer de participer en mettant quelques euros dans une boite pour que je  puisse continuer à coudre des masques.  
Et il y a ceux qui ne répondent pas à mon message et ne viennent pas chercher leurs masques.
Les gens sont surprenants et se dévoilent, j’ai décidé d’en rire et de l’écrire.

Je viens de lire la très longue et passionnante étude de la chercheuse Odile Fillod à propos de Raoult et de sa clique. Je n’aurais pas dû rire car elle est sérieuse et l’heure n’est pas à la rigolade mais quand elle cite ce qu’elle avait écrit le 22 mars : « j’en viendrais presque à espérer que l’essai qui vient de débuter indiquera que la chloroquine ne marche pas, tant ce serait injuste que par chance, ce con ait réussi son coup », cela me fait un moment d’humanité.
Je trouve dommage que ces gens érudits, ces tronches, ces chercheurs ne montrent pas plus souvent cet  forme d’humour incroyable qu’ils ont. C’est surement que nous ne voulons pas les voir ainsi et que nous les cantonnons dans des rôles de constipés sérieux alors que ce sont très souvent des gens qui fonctionnent avec un humour rapide et sans compromis.
Une intelligence qui est aussi au service de l’humour.

Jean-Louis Aubert va me rendre sourde.
Il chante faux mais Claude a dit qu’à lui, on pardonnait.

Marchons, marchons ensemble
Allons, allons où bon nous semble
Quittons, quittons, nos êtres qui tremblent
Courage, fuyons
Rions, dansons

Putain, ça penche
Donnez-moi du  Pchitt orange.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.

Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

Aujourd'hui. 15h46 Putain, ça penche C’est mon dernier billet. C’est le dernier, le cinquante-cinquième. Je savais que j’...