vendredi 10 avril 2020

Vendredi 10 avril. Vingt-cinquième jour.

Aujourd'hui. Devant chez Virginie et Philippe. 

Putain, ça penche.
Liliane a fait sa valise.

C’était la nouvelle du matin que j’ai absorbée dans ma mauvaise humeur du matin comme chaque nouvelle du matin.
Ils l’ont pas dit comme ça dans le poste. La radio du service public a dit que Liliane Marchais était morte et a rappelé qu’elle était l’épouse de Georges Marchais secrétaire général du parti communiste français.
C’est une nouvelle triste mais qui m’a fait rire à cause de l’histoire des valises que Liliane devait faire pour rentrer à Paris vu que Mitterrand avait pris ses distances avec le programme commun. Quarante ans plus tard, on ne se souvient plus que de ça.  

Hier soir, Jno m’a dit qu’il aurait pu être gourou. Il m’a dit ça très sérieusement avec un ton de gourou content de lui. Je lui ai dit que je le savais et m’en étais rendue compte quand j’avais quinze ans. Plus âgé que moi, il avait une sorte de force de persuasion tranquille qui était désarmante mais qui n’avait pas fonctionné longtemps avec moi même si j’avais quinze ans et était amoureuse.
C’est vrai qu’il avait tout pour que ça marche, la pratique du yoga, du sport et du théâtre. Au début de notre relation, je croyais absolument tout ce qu’il me disait jusqu’au jour où il m’a parlé de la flèche apollonienne. Je n’avais jamais entendu parler d’un truc pareil mais il m’explique que c’est une force  qu’il va exercer à l’endroit du troisième œil, qu’il va appuyer très fort entre mes deux yeux et que je vais sentir la puissance de la flèche apollonienne me pénétrer. 
C’est exactement à ce moment-là que j’aurais dû m’enfuir mais à quinze j’étais curieuse, j’ai accepté qu’il me marque de la flèche apollonienne. Je me suis allongée sur le lit et il s’est placé au-dessus de moi et il a appuyé très fort avec son index entre mes deux yeux, que j’avais fermés.
Il faisait exactement comme s’il enfonçait une flèche, la fameuse flèche apollonienne, entre mes yeux mais soudain son doigt a dérapé en glissant sur ma peau et son index s’est retrouvé enfoncé dans mon œil. Ne me demandez pas si c’était le gauche ou le droit, je me souviens juste avoir hurlé de douleur et de peur pendant que lui ne faisait que me dire, pardon Véro, pardon, pardon, pardon, je m’excuse …
Comme je n’ai pas perdu mon œil, j’ai pardonné mais je n’ai plus jamais cru à tout ce qu’il pouvait me raconter sur le yoga, les chakras ou le Zazen. Son côté gourou bienveillant avait disparu le temps d’un dérapage entre mes deux yeux.   
Et quand parfois, il lui arrive de repartir dans des théories trop ésotériques, il me suffit de dire, je vois tout à fait, c’est genre flèche apollonienne ? Fin de partie. Fou rire.

Hier soir on parlait des gourous.
Mais on n’a pas eu de fou rire.
Putain, ça penche du mauvais côté.
Je vais reprendre un Pchitt orange.

Bien sûr mon amour, on va traverser
Bien sûr mon amour, presque arrivé
Bien sûr mon amour il faut pas douter
On s'aime si fort ensemble, on va gagner

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.


Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

Aujourd'hui. 15h46 Putain, ça penche C’est mon dernier billet. C’est le dernier, le cinquante-cinquième. Je savais que j’...