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| Aujourd'hui. 13h52 |
Putain, ça penche
On n’a pas de chance
Le 17 mars, premier jour de confinement, le voisin qui a un fourgon s’est garé devant notre fenêtre.
Il n’a pas bougé depuis sept semaines
Ca aurait pu être l’Austin mini de la voisine.
On n’a pas eu de chance.
On n’a pas eu de chance.
Je viens de lire une interview de Raoult dans l’Obs et ça m’a fait rire. À la question de la journaliste :
Vous ne vous trompez jamais ?
Il a répondu :
Sur des petits trucs, peut-être. Sur les grands trucs, non.
Ce mec aura certainement fait perdre du temps, aura donné de faux espoirs, aura alimenté les théories du complot mais il nous aura fait marrer jusqu’au bout.
À part ça, c’est plutôt triste, au moins aussi triste que l’infographiste qui a mis du rouge sur la carte en pensant que c’était du vert, ou de l’orange.
On ne sait plus vraiment, moi je me suis dit qu’il avait dû consommer le Pchitt orange qui restait dans le placard de ma copine.
On ne sait plus, on contemple simplement le désastre.
J’ai reçu ce matin une demande de cent cinquante masques pour une association du département qui travaille en périscolaire. Cela veut dire qu’ils cherchent et qu’on ne leur propose rien. On a dû leur dire, cherchez, vous allez bien trouver une asso qui va vous coudre cent cinquante masques pour le 11 mai.
Je leur ai dit que j’étais toute seule et que je ne pouvais pas réaliser une telle commande.
Ils m’ont répondu, merci et bon courage.
C’est le 1er mai, le jour du muguet et des défilés.
Cette année, c’est le jour de rien un peu comme le 1er avril qui n’a pas été drôle.
Chaque 1er mai depuis vingt-cinq ans, je me souviens qu’en fin de journée je suis passée sur la Seine au pont du Carrousel et qu’il y avait un camion de pompiers et des voitures de police sur les quais. Je me souviens du pompier qui pliait un pantalon trempé, je me souviens précisément de son geste, ses mains levées tenant un pantalon et ensuite il l’a plié pour le poser sur un sac. Je m’étais dit, on dirait que quelqu’un est tombé dans la Seine.
Chaque 1er mai depuis vingt-cinq ans, je me souviens qu’en fin de journée je suis passée sur la Seine au pont du Carrousel et qu’il y avait un camion de pompiers et des voitures de police sur les quais. Je me souviens du pompier qui pliait un pantalon trempé, je me souviens précisément de son geste, ses mains levées tenant un pantalon et ensuite il l’a plié pour le poser sur un sac. Je m’étais dit, on dirait que quelqu’un est tombé dans la Seine.
C’était Brahim Bouarram, un Marocain de vingt-neuf ans qui avait été jeté dans la Seine par des mecs du FN, en fin de défilé.
Les pompiers avaient dû le déshabiller pour le réanimer, tout était fini et ils rangeaient ses affaires.
Il était mort.
Aujourd’hui rien ne va vraiment
Je devrais me faire un coup de Pchitt orange.
Je devrais me faire un coup de Pchitt orange.
Putain, ça penche
On voit le vide à travers les planches.
On voit le vide à travers les planches.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
