dimanche 29 mars 2020

Dimanche 29 mars. Treizième jour.

Cet après-midi, les bords de Garonne. Les coupes de peupliers qui vont devenir palettes et cagettes.

Putain, ça penche.

Il est né hier.
Il s’appelle Éthan.

J’aimerais tellement avoir uniquement de la joie et pouvoir dire, félicitations aux heureux parents et hop, on est heureux, ils sont heureux.

J’ai une douleur qui revient en force car Éthan est né orphelin, il est le fils d’Étienne.
Le 28 mars 2020 ne pourra jamais effacer le 22 novembre 2019, le jour où Étienne est parti faire du bélo dans les étoiles.
La douleur a de nouveau surgi et nous défonce la gueule en nous faisant pencher entre le bonheur et la douleur.
Putain, ça penche tellement je pleure.

J’ai immédiatement aimé qu’Éthan s’appelle Éthan car c’est Étienne et Nuwan à la fois, c’est Étienne dans la totalité de ses deux prénoms, Nuwan, celui de sa naissance et Étienne, celui que ses parents lui ont donné en janvier 1985 au bord de l’océan Indien.
Je ne sais pas si c’est pour cela que sa maman l’a appelé Éthan. Je ne sais pas, je n’ai pas demandé. Pour moi, c’est ainsi, c’est une évidence.

Il ne faut plus pleurer, il faut alléger Éthan de sa douleur d’orphelin.
Il ne faut pas  pleurer Lyseth, tu parleras d’Étienne à Éthan, tu lui raconteras qu’il faisait du bélo avec Emma, tu lui raconteras les sourires d’Étienne et sa voix ronde.
Il ne faut pas pleurer Élisabeth, il faut continuer à consoler les mères.
Il ne faut pas pleurer.
Il faut continuer.

Il faut continuer car la vie continue malgré nous, malgré le confinement, malgré la mort et les douleurs.
C’est aussi ce que cette naissance est venue me dire après la gifle du chagrin.

Quand tout le monde se demande ce qu’il fera à la levée du confinement quand nous serons libérés, moi je me dis que j’aurais besoin d’aller voir Éthan pour lui dire que j’ai beaucoup connu son papa, que je l’aimais et que je pense tout le temps à lui.
Je lui dirai que le mois dernier, chaque fois que nous étions sur l’autoroute du sud de l’île et que nous voyions la sortie pour Horana, nous pensions à Étienne. Je lui dirai aussi que souvent je croisais de jeunes hommes qui me faisaient penser à Étienne en ayant l’impression qu’il serait toujours présent au Sri Lanka.

Putain, ça penche
Étienne n’est plus là.
Éthan est là.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.

Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

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