dimanche 22 mars 2020

Dimanche 22 mars. Sixième jour.

Cet après-midi. Verdun sur Garonne. La cloche qui sonne dans le vide.

Putain, ça penche et comme me l’a soufflé Martine, il faut rectifier le degré de la gite.
Les marins et les autres comprendront mais les marins auront en plus le souvenir de nos navigations partagées, de nos amitiés sur des bouts de Méditerranée.

Je viens de mettre un mail et j’ai terminé par un « We will never give up and we will win. » et c’était pour les adoptions illégales que je m’encourageais et affirmais que jamais on  ne laisserait tomber mais je me suis dit qu’en ce moment cela valait pour tout le reste, ne jamais laisser tomber et affirmer qu’on va gagner. Cette rage comme ils disent à l’Ambassade quand ils parlent de nous et cette opiniâtreté dont ils nous qualifient maintenant au ministère, nous permettent de tenir le coup depuis dix-sept  mois d’enquête et d’entêtement.

On ne lâche rien et ça les énerve.
On ne lâche rien et ça permet de rester vivants.
On ne lâche rien et on gagnera.

C’est notre quotidien depuis des mois et malgré des passages de découragement et de profond désespoir, nous avons tenu bon et nous continuons de nous battre.

Hier, Jno me disait que ce confinement, ces angoisses liées au virus, ces moments de vide et de néant n’étaient pas pires que ceux qu’il avait vécus l’année dernière. Je l’ai regardé me dire cela, j’ai vu que c’était vrai et qu’il me disait sa souffrance de ces derniers mois, notre impuissance et notre volonté de ne rien lâcher. Ces mois si particuliers où nous nous sommes retrouvés seuls face à de la détresse, seuls face à des évènements inédits, seuls face l’un à l’autre à s’efforcer de rester ensemble car nous savions que c’était notre seul force et que nous devions veiller sur l’autre et le tenir en vie en restant vivant.

Aujourd’hui, on a l’impression d’avoir eu un entrainement au confinement contre le virus, on se dit qu’on a la chance d’être un couple qui s’est testé dans de terribles épreuves. Cela ne nous a pas rendus plus forts comme l’autre imbécile le prétend, on a juste entraperçu que la vie peut pencher  mais qu’on a la capacité de rectifier le degré de la gite.

C’est mon côté magique, penser très fort que je peux et je peux.
C’est mon côté Amélie Poulain validé par Olivia puisqu’il paraît qu’en plus j’habiterais dans un village qui a l’air d’un décor de film de Jeunet.
Grâce à Olivia, je me sens vivre dans un film, lorsque je croise des voisines ou des voisins (C’était avant quand on croisait des gens),  j’essaie toujours d’imaginer quel rôle chacun tient dans la vie merveilleuse d’Amélie Piaser-Moyen  à Verdun sur Garonne et cela donne à chaque personnage un charge émotionnelle qu’il n’a pas forcément dans la vraie vie.
La voisine insipide et carrément insupportable devient une femme admirable et  le voisin lunatique, c’est rainman. Chacun est un héros ou un salopard, j’interchange les rôles quand je pense avoir fait une erreur de casting comme ce matin où finalement un voisin que je dénigrais un peu, s’est révélé beaucoup mieux que le second rôle dans lequel je l’avais cantonné à tort. D’autres ont dégringolé d’une marche ou deux, ils n’étaient pas du tout à la hauteur du premier rôle que je leur avais confié et je les ai reclassés figurants muets.
La vie est devenu un film.

Finalement je n’ai pas sauté à l’élastique, j’ai beaucoup trop peur.

Putain, ça penche.
On va rectifier le degré de la gite.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.




Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

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