| Ce matin, les chats de mon voisin. |
« Putain ça penche
On voit le vide à travers les planches »
On voit le vide à travers les planches »
C’est Souchon qui le chante et je l’ai eu dans les oreilles et dans la tête pendant tout le voyage parce que en bonne bobo, en bonne boomer, j’adore l’écriture de Souchon et j’aime aussi comment il chante ses mots et l’histoire que ça penche et qu’on voit le vide à travers les planches, c’était parce que je ne supporte pas de devoir traverser sur un pont de planches. Des ponts de planche, ce n’est pas ce qui a manqué durant trois mois en Asie et cela m’a permis de faire quelques progrès.
En même temps, comme dirait l’autre, je n’avais pas d’alternative pour aller de l’autre côté sans passer le pont, il n’y avait qu’un pont de planches et j’ai dû passer la trouille au ventre en essayant de continuer à respirer et surtout de ne pas stopper ma marche sur les planches car si je stoppe, c’est terminé, c’est pas stop and start, c’est stop and stop. Et pour m’aider, je chantais, putain ça penche, on voit le vide à travers les planches.
Ce matin, quand je me suis levée, il n’y avait pas de pont de planches sous mes pieds, il y avait juste l’angoisse de mon amie, alors je me suis dit, putain ça penche, on voit le vide à travers les planches, mais faut y aller et ne pas faire stop, il faut y aller et Martine, elle va aussi traverser et que même si ça penche et que je vois le vide qui me fait si peur, je passe la première et Martine, elle va suivre.
Nous allons tous suivre et traverser même si ça penche et qu’on voit le vide à travers les planches, car les planches, elles tiennent bon. Jno me le dit toujours lorsqu’il me voit hésiter à prendre le départ, il me dit, vas-y Véro, ça tient même si ça bouge, même si ça penche … Et moi, avec ma trouille de dingue, je passe et j’arrive en face, c’est ce que j’ai fait pendant trois mois, alors je vais continuer et je vais passer la première. J’ai de l’entrainement maintenant.
Nous allons tous suivre et traverser même si ça penche et qu’on voit le vide à travers les planches, car les planches, elles tiennent bon. Jno me le dit toujours lorsqu’il me voit hésiter à prendre le départ, il me dit, vas-y Véro, ça tient même si ça bouge, même si ça penche … Et moi, avec ma trouille de dingue, je passe et j’arrive en face, c’est ce que j’ai fait pendant trois mois, alors je vais continuer et je vais passer la première. J’ai de l’entrainement maintenant.
Hier je me suis fait du souci pour mon voisin alors qu’il ne s’en fait pas du tout pour nous.
Mon voisin, il doit avoir une petite cinquantaine et il n’a pas vraiment de ressources intellectuelles pour s’évader.
Mon voisin, il doit avoir une petite cinquantaine et il n’a pas vraiment de ressources intellectuelles pour s’évader.
Quand je lis sur les réseaux sociaux qu’il faut être très con pour s’ennuyer, je suis sidérée par cette prétention à affirmer au bout d’à peine deux heures de confinement qu’il n’y aura pas de souci, puisqu’il n’y a que les cons qui vont s’ennuyer.
Mon voisin, il ne sait pas lire. Je l’ai découvert peu de temps après avoir fait sa connaissance, il ne savait pas aller sur internet et m’avait demandé de l’aider et au fil du temps, il m’a avoué qu’il ne lisait pas. Hier je me suis demandée ce qu’il allait faire pendant ce temps de confinement, lui qui passe son temps à l’extérieur, à faire des petits travaux chez les gens, à discuter, à ambiancer les manifestations. Comment va-t-il supporter sa solitude, ce temps sans rien ou presque ?
Comment allons-nous supporter nous aussi ces jours sans rien, ces jours de vie silencieuse ?
Je ne suis certaine de rien, je ne prétends rien et je me réserve le droit de dire et d’écrire que je m’emmerde et que je pète un câble. Je ne réserve pas aux cons le privilège de l’ennui.
Je pense à mon voisin sans cesse en regardant ses deux chats de l’autre côté de l’impasse, je culpabilise presque de penser tellement à lui alors que je ne le connais pas tant que ça mais il incarne tous ces gens qui ont dû se retrouver seuls et démunis, ceux qui étaient dans la rue avec leurs chiens. Où sont-ils ? Où sont les chiens ?
Je ne suis certaine de rien, je ne prétends rien et je me réserve le droit de dire et d’écrire que je m’emmerde et que je pète un câble. Je ne réserve pas aux cons le privilège de l’ennui.
Je pense à mon voisin sans cesse en regardant ses deux chats de l’autre côté de l’impasse, je culpabilise presque de penser tellement à lui alors que je ne le connais pas tant que ça mais il incarne tous ces gens qui ont dû se retrouver seuls et démunis, ceux qui étaient dans la rue avec leurs chiens. Où sont-ils ? Où sont les chiens ?
Je pense à mon voisin quand lundi soir Macron nous a dit, lisez !
Putain ça penche
On voit le vide à travers les planches.
On voit le vide à travers les planches.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.
C’est une guerre solidaire.