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| Aujourd'hui 14h41 |
Putain, ça penche.
Moins qu’hier et plus que demain.
C’est le bon sens.
Moins qu’hier et plus que demain.
C’est le bon sens.
Vendredi, lorsque je suis allée faire mes courses à SuperU, il y avait le mec con qui s’en foutait que je laisse mon caddy dans la file pour aller rechercher le paquet de muesli oublié et puis il y avait surtout une dame que j’ai suivie tout le temps dans les rayons, la perdant dans un virage et la retrouvant au suivant.
C’était une vieille dame, ça veut dire plus vieille que moi.
C’était une vieille dame digne, avec un joli manteau qui faisait un peu couture, elle était coiffée et elle avait une liste à la main.
C’était une vieille dame qui, si on l’observait comme j’ai eu le temps de le faire puisque je la croisais tout le temps, semblait un peu perdu, on aurait dit qu’elle courait sans trop savoir ce qu’elle désirait acheter ni ce qu’elle devait peser quand elle s’est trouvée devant la balance à tickets.
C’était une vieille dame qui semblait seule.
C’était une vieille dame qui avait écouté les informations qui recommandent de se protéger pour faire ses courses.
La vieille dame avait devant sa bouche un masque improvisé fait avec une couche découpée, fixée par des épingles de nourrice à des élastiques qui faisaient le tour de sa tête.
J’ai eu le temps de la regarder, de perdre pied face à ce profil encore gracieux recouvert d’une couche et chaque fois que je la recroisais, je ne voulais plus la regarder. Il y a des raccourcis qui se prennent tout seuls et qui devancent tous les freins qu’on a mis en route, on a beau savoir qu’on va se vautrer, qu’on va dans le mur et freiner des quatre fers, c’est trop tard, une vieille dame avec une couche sur le visage, c’est l’image tatouée sur la rétine pour le reste de la journée.
Ces images qui déchirent, je les connais, elles sont au catalogue de mes horreurs, le tiroir que je n’ouvre jamais. La dernière de cette image, c’est un homme mort au matin sur un trottoir de Pondichéry, il y a aussi un chien sur l’autoroute dont je ne veux plus me souvenir il y a devant ma voiture, un homme allongé qui me hante.
Depuis vendredi après-midi, il y a une vieille dame au profil délicat écrasé par une couche.
Ces images qui déchirent, je les connais, elles sont au catalogue de mes horreurs, le tiroir que je n’ouvre jamais. La dernière de cette image, c’est un homme mort au matin sur un trottoir de Pondichéry, il y a aussi un chien sur l’autoroute dont je ne veux plus me souvenir il y a devant ma voiture, un homme allongé qui me hante.
Depuis vendredi après-midi, il y a une vieille dame au profil délicat écrasé par une couche.
J’ai plusieurs mètres d’un très joli coton blanc et autant d’un coton gratté tout doux.
J’ai une bonne réserve d’élastiques.
J’ai une machine à coudre performante qui sort de sa révision décennale et qui fonctionne mieux qu’une neuve.
Je sais coudre.
Je sais coudre.
Je vais coudre des masques pour que les vieilles dames retrouvent leur dignité et restent belles.
Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m'élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Les mots qu'on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m'élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Putain, ça penche.
Plus que demain, bien plus.
Plus que demain, bien plus.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.
