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| Aujourd'hui. 14h04 |
Putain, ça penche
Je suis sur ma dernière bobine de fil blanc
La mercière n’en a plus.
Après l’élastique, le fil… on dirait la guerre.
Je suis sur ma dernière bobine de fil blanc
La mercière n’en a plus.
Après l’élastique, le fil… on dirait la guerre.
En ce moment, le soir on regarde Califat, une série suédoise sur Daesh.
Hier soir tard, quand Jno a appuyé sur « Quitter le service », il m’a dit, je pense que Daesh c’est pire que le coronavirus. Je me suis dit que peut-être ils avaient les deux en ce moment mais je n’ai pas osé lui dire car il était tard et je voulais arriver à dormir.
Ce soir, ce sera les deux derniers épisodes, j’attends avec l’impatience qu’on a toujours quand on a plongé dans une série et j’appréhende aussi ces deux heures de violence, de débilité humaine, de désespoir, de douleur.
Ce sera le cinquième soir que Jno attendra que je sois bien installée, me regardera et me demandera, on y va ?
Hier, j’ai été submergée de demandes de masques différentes, les gens me contactaient pour me demander des lots de dix ou douze masques et je me suis vue contrainte de leur dire que c’était impossible et que je ne pouvais en proposer qu’un seul par personne. Je ne comprenais pas ce changement de cap alors Jno est venu me voir dans mon atelier de couture et m’a dit, je crois que les gens ont regardé le JT de France2 où il y eu un sujet expliquant comment utiliser et laver les masques. Tu étais repartie à ta couture et je n’ai pas osé te le dire. Ils ont expliqué qu’il ne fallait pas garder le masque plus de quatre heure et ensuite pour le laver, c’était pire que de manipuler le saint Suaire … Je n’ai pas voulu te le dire.
Ce n’était pas la peine de me le dire, les messages que je recevais m’avaient prévenue qu’il s’était passé un truc.
Ce n’était pas la peine de me le dire, les messages que je recevais m’avaient prévenue qu’il s’était passé un truc.
Je suis effarée qu’on puisse ainsi faire tout porter aux citoyens, leur dire qu’ils ne font pas ce qu’il faut mais ne pas leur donner les moyens de le faire. Ensuite, ce sera tellement facile de leur dire, vous avez vu, c’est à cause de vous que ça n’a pas marché.
Lorsque les gens m’appellent, je fais psy aussi. Je les écoute me raconter leurs angoisses.
Quand ils viennent chercher leurs masques joliment emballés dans un papier de soie, ils ne repartent plus.
Quand ils viennent chercher leurs masques joliment emballés dans un papier de soie, ils ne repartent plus.
Ils parlent, ils parlent.
Je sens que pour eux c’est une occasion de rencontre, un prétexte inespéré pour sortir et rencontrer quelqu’un en vrai. Je me demande ce qu’ils ont coché comme case sur leur attestation dérogatoire de sortie.
Ils parlent et je suis obligée de dire, je dois aller coudre, je n’ai pas trop de temps pour discuter.
Cette après-midi, une dame qui venait récupérer son petit paquet en papier de soie, m’a dit en regardant mes peintures, vous avez quand-même mieux à faire que de coudre des rectangles de coton.
J’ai dit, oui.
Cette après-midi, une dame qui venait récupérer son petit paquet en papier de soie, m’a dit en regardant mes peintures, vous avez quand-même mieux à faire que de coudre des rectangles de coton.
J’ai dit, oui.
J’ai expliqué à Jno combien j’ai toujours aimé mettre au point une technique, réfléchir aux gestes, aux réactions des matériaux manipulés. Toute cette partie existe en peinture et c’est totalement excitant d’arriver au moment où la technique a été vaincue et a laissé place à une sorte de sérénité. On ne se bagarre plus, les mains savent et l’esprit est totalement disponible.
Pour les masques, je crois que cet état est arrivé au cinquantième. Ceux qui suivent, ne sont plus que des gestes qui se succèdent avec légèreté et mon esprit est ailleurs, libre.
À la fin de mon explication, Jno m’a dit, ça fait donc trente-huit masques que tu es libre puisque tu en as déjà cousu quatre-vingt-huit.
À la fin de mon explication, Jno m’a dit, ça fait donc trente-huit masques que tu es libre puisque tu en as déjà cousu quatre-vingt-huit.
Il note tout sur un fichier Excel.
Moi, je ne sais pas combien j’en ai fait, c’est comme le fric, je m’en fou.
Vianey dans les oreilles, mon absente.
Ce qui m’emmène
Ce qui m’entraîne
C’est ma peine,
Ma peine plus que la haine
Oh ma route
Oh ma plaine
Dieu que je l’aime
Ce qui m’entraîne
C’est ma peine,
Ma peine plus que la haine
Oh ma route
Oh ma plaine
Dieu que je l’aime
Putain, ça penche
On voit le vide à travers les planches.
Ça va aller
Un message de mon vendeur
Il a expédié ma commande d’élastique.
On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
