mardi 24 mars 2020

Mardi 24 mars. Huitième jour.

Cet après-midi. Atelier couture, l'essayage du masque.
Putain, ça penche.
Et comme Élisabeth me le dit à l’instant, vaille que vaille.
Je ne sais plus ce que ça veut dire cette expression, alors j’ai tapé « vaille que vaille » dans Google et la réponse c’est : Tant bien que malautant que faire se peutquoi qu'il en soità tout hasard. Inch’Allah quoi.

Et on fera quoi dès que ça penchera plus ? 
Je me suis posée cette question en me levant, juste après que Jno m’ait dit comme chaque matin depuis une semaine, alors, on se lève, on commence le confinement ?
Jno, il estime que tant qu’on est dans le lit, on n’est pas confiné. Je lui ai proposé de rompre le confinement en se faisant une journée au lit à la manière de John Lennon et de Yoko Ono. Il n’a pas dit non et on y réfléchit.

Ce matin, j’ai préparé des crêpes pour le repas de midi, des crêpes jambon-œufs-fromage. C’était super bon bien qu’ultra bourratif car je n’ai que de la farine complète et que je n’ai plus de salade. C’était donc bourratif mais « vaille que vaille ».
Pour ce soir, on va terminer la velouté de carottes au cumin.
Et je ne vais pas pouvoir continuer le billet du blog avec pour seul fil d’intérêt mes menus du jour, quoiqu’à la radio du service publique, ils nous le fassent quotidiennement mais que même avec le label radio du service publique, c’est devenu bien chiant de se taper tous les matins, la recette des cookies. Enfin moi, ça me gave comme on dit à Toulouse, donc je ne vais pas prendre le relai.

Après le repas des crêpes bourratives, Philippe nous a appelés et on a parlé cheveux, ceux qui ne seront plus coupés, plus colorés, plus brushés et ça nous a occupés un bon moment à philosopher et aussi à rire un peu. Je lui ai dit que mon look de vieille rockeuse fausse Patty Smith collait parfaitement à la situation et que je n’aurai aucun souci de coiffure. On est ensuite parti sur les poils évidemment et on a rigolé en imaginant le boulot pour les esthéticiennes dans plusieurs semaines.
Vous avez remarqué que nous nous exprimons tous en parlant de semaines et en évitant soigneusement d’utiliser le mot « mois ». Dire « des semaines » permet de ne pas les compter vraiment et de ne pas envisager plusieurs mois.  

Après j’ai décidé de faire un masque en tissus qui ne sert à rien sauf d’envoyer un peu moins de postillons en faisant ses courses et qui peut éviter de se mettre les mains sur le nez et la bouche, toujours quand on fait ses courses.
J’ai cousu ce masque en ayant le sentiment de tricoter des chaussettes pour les poilus dans les tranchées. Et je me suis dit, vaille que vaille.

Et puis la série de questions existentielles est arrivée en fin de journée.
Lorsque le confinement sera terminé, allons-nous reprendre nos habitudes telles que nous les avons laissées brutalement du jour au lendemain ?
Je suis revenue sur le moment capillaire de la journée, les cheveux vont-ils rester blancs et les  jambes poilues … Depuis ma discussion avec Philippe, j’imagine des poils qui poussent dans la joie d’une liberté retrouvée, des cheveux qui blanchissent sans entraves et je me dis que peut-être que la vie sera plus belle dans quelques semaines, nous aurons appris qu’il ne faut plus perdre de temps et aller aux essentiels.
Ce sera dans quelques semaines car il ne faut pas parler de mois.

Non ne dis rien et ne dis rien de plus. C’est ce que Clara Luciani me hurle dans les oreilles.

Putain, ça penche, mais pas plus qu’hier. On a rectifié le degré de la gite.
Vaille que vaille on y va et ça ira.

On est aujourd’hui.
On va aller à demain.
C’est une guerre solidaire.




Dimanche 10 mai. Cinquante cinquième jour.

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